« En feuilletant les pages d’Histoire  »

LE KARABAGH de 1988 à 1992, d’après le livre  « En feuilletant les pages d’Histoire  »
de Vartkès Baghrian,(*) dédié à ses petits enfants et à tous les Arméniens,
afin de ne pas oublier, ces années d’oppression.

Journaliste témoin et responsable de la télévision il relate les événements de la lutte pour la Libération du Karabagh. Dans ce livre, il tente de restituer en toute honnêteté, les pages de l’histoire héroïque gravées par le peuple, depuis les manifestations pacifiques jusqu’à la guerre et la fin des hostilités.

Je n’ai recueilli que ce qui me semblait important dans la période précédent 1988, car elle n’est pas assez connue. A l’époque de l’URSS, le Karabagh était maintenu dans un état de sous-développement économique, de manque d’investissement du pouvoir central, favorisant la minorité azérie, au détriment des Arméniens.

Selon Vartkès, dans son livre, il est profondément persuadé que la lutte pour l’indépendance, n’a jamais cessée, depuis les 16ème, 17ème et 18ème siècles, sous les différentes dominations perses, et ottomanes. Même lorsqu’ils étaient sous domination tsariste en 1822, le Karabagh a su préserver son autorité, et ainsi jusqu’au 20ème siècle, sous le régime soviétique, lorsque Staline en 1923 l’a « donné » arbitrairement aux azéris. C’est ainsi que le Karabagh ai été intégré de façon autoritaire sous la tutelle de la République Socialiste Soviétique d’Azerbaïdjan, en créant alors, la Région Autonome du Haut Karabagh.

Les arméniens ont toujours combattu pour leur liberté et leur indépendance malgré toutes les vaines tentatives pour les mettre à genoux

Malgré tout, pour les Arméniens, le combat pour la liberté n’avait jamais cessé, et a continué de différentes manières et sous différentes formes. Le haut de la vague de l’exaspération se situe dans les années 60, lorsque 13 personnalités éminentes, ont envoyées une lettre à Moscou pour réclamer l’indépendance.

A cette époque ceci est inhabituel dans un pays totalitaire, et cette initiative a secouée l’Union Soviétique.
Malgré cela nos justes réclamations pour réunir le Karabagh à la Mère Patrie n’ont pas été couronnées de succès et de, plus certains auteurs de cette lettre ont du s’enfuir du Karabagh pour éviter les remontrances, et ceux qui sont restés ont été poursuivis et sévèrement punis.

La demande d’Union avec l’Arménie s’est développée vers la fin 1980. Elle a débutée pacifiquement. Inutile alors de décrire l’ambiance déplorable de surveillance, de pression policière qui régnait au Karabagh jusqu’ en 1988, début des hostilités.

Vartkès cite quelques cas qu’il est intéressant de connaître, pour mieux comprendre les persécutions et les insupportables de cette époque.

Au Karabagh, il était interdit de prononcer, ou même de chanter des couplets mentionnant le nom du célèbre Général Antranik, qui avait voulu libérer le Karabagh avec ses troupes et qui a du se replier en Arménie sous la pression des militaires anglais. Or, non seulement les gens les chantaient et de plus, ils défiaient les autorités azéries en baptisant leurs fils « Antranik », tout en sachant les risques qu’ils prenaient.

Au milieu des années 60, lorsque Vartkès, travaillait à la Radio, il a diffusé les merveilleux récits de Moucher Kalchoyan, qui était l’un des courageux compagnons d’armes d’Antranik. Ils étaient lus par l’auteur lui-même, Et donc tout naturellement, il prononça le nom du Général. A croire que le K.G.B. n’attendait que cette occasion pour faire des reproches au directeur de l’antenne, Krikor Soghomonian, cet homme si honnête et si respecté de nous tous. Il a été poursuivi pour nationalisme et fanatisme.

A Bakou, à cette époque, on imprimait un journal du Parti Communiste, en arménien. Le rédacteur en chef a été renvoyé du Parti, sous prétexte qu’il avait laissé imprimer un article dans lequel on avait osé utiliser le mot : Arménie. Dans le même journal, dans un article un autre journaliste avait utilisé la phrase « erevan kal  » qui signifie en arménien : apparaître. Mais les censeurs, tellement médiocres, incultes et illettrés, se sont butés sur le mot : erevan, interdit en Azerbaïdjan qui, dans le contexte n’a absolument rien à voir avec la capitale de l’Arménie. Il a eut des ennuis et des difficultés pour prouver sa bonne foi aux autorités. Doit on en rire ou en pleurer ?

Le père de Vartkès, Boris Baghrian, directeur de l’école n°2, a eut des remontrances, puis renvoyé de son poste, sous prétexte qu’il n’avait pas fait pavoiser le drapeau azerbaïdjanais lors des cérémonies du 1er mai. Il a été inculpé de nationaliste.

Pour changer la mentalité, des Karabaghtsis, les autorités ont ouvert, dans l’institut pédagogique, une faculté azerbaïdjanaise dans Stépanakert (la capitale du Karabagh), et l’ont remplie avec des jeunes azéris qu’ils ont fait venir des quatre coins du pays. De cette manière, l’école pédagogique n’a pu former des jeunes instituteurs arméniens, car il n’y avait plus de place pour eux.

Il fallait voir le comportement de voyou et sans retenu des élèves qui méprisaient les Arméniens.

Dans notre théâtre, nous étions obligé d’interpréter des pièces écrites par un azéri, sinon ils ne donnaient ni l’autorisation, ni le financement.

L’entrée au Karabagh, de tout artiste, de tout écrivain ou intellectuel, était sujet à d’énormes complications. Vartkès rappelle qu’en 1987, l’orchestre de chambre de Erevan, devait se produire à Stépanakert, sous la direction de Constantin Opélian. Et bien, le Maestro, a dit que pour organiser ce concert, il lui a fallut 6 mois de négociations tendues avec Bakou, et qu’il n’a réussi à le concrétiser qu’après l’intervention de Moscou.

Il n’était même pas question de regarder des émissions de télévisions d’Arménie, Nous ne pouvions même pas voir les compétitions de l’équipe de football « Ararat » d’Arménie, ni même entendre la musique arménienne. Nous étions privés de ces plaisirs. Et l’équipe de football arménienne de Stépanakert, qui était en deuxième division ne devait pas gagner de match, car ainsi elle ne pouvait pas accéder en première.

Même notre histoire et notre géographie étaient bafouées, devant nos yeux. Nous étions considérés comme émigrants dans notre propre pays, et nous devions être reconnaissant à ceux qui nous avaient recueillis sur « leurs » terres.

Et lorsque le couteau des persécutions a atteint l’os, et qu’il n’était plus possible de supporter ces humiliations, il était question pour nous « d’être ou de ne plus être », nous avons alors décidé d’être. Et le moyen d’être  et de se relever, exigeait de réclamer la justice historique et géographique, et de réunir à nouveau le Karabagh à la Mère Patrie.

Et voilà, qu’en 1987, il courait des bruits selon lesquels on ramassait des pétitions afin de les envoyer à Moscou, pour trouver une solution pacifique à nos désirs. A cette époque, celui qui était le plus en vue, était Igor Mouradian. Il a eut un rôle important, car cette démarche était très significative, car elle a marquée le début du mouvement populaire, qui a atteint son apogée en février 1988.

Nous connaissons la suite. Une guerre sans pitié qui s’est terminée au prix de lourd sacrifice, par une victoire des troupes arméniennes, et la libération par la volonté de la population de nos terres ancestrales, qui n’ont jamais été azerbaïdjanaises.

Traduit par :
Garbis Nigoghossian
Le 28 mai 2010

Qui est Vartkès Baghrian ?

(*) Vartkès Baghrian est né à Stépanakert en 1952. Professeur, puis journaliste en 1975, directeur de la radio et responsable de la télévision de l'Artzakh en 1988. Il est l'auteur de nombreuses parutions, et notamment d'un livre sur « Monté Melkonian ».

 


Un livre sur Monte Melkonian -

Ce livre vendu dans toutes les boutiques de Stépanakert a rapidement été en rupture. Les acheteurs ne s'occupaient de savoir qui en était l'auteur, mais il se l'arrachait tant était grand l'amour du peuple pour le héros.
Il raconte qu'un soir, une des boutiques où il restait encore quelques livres a été cambriolée, mais curieusement seuls ont été volés les livres sur « AVO ». C'était pour le moins surprenant et Vartkés en a éprouvé un peu de fierté. Et un jour, passant au marché couvert de Stépanakert il dit avoir vu une vielle dame vendant des oeufs, du fromage, des pommes de terre et parmi tout cela . . . un livre sur « AVO ».
Surpris, il dit à cette dame :
- Vous vendez le livre ?
Elle répond :
- Oui, j'en avais vingt, et il ne m'en reste plus qu'un seul.
- A quel prix les vends-tu ?
- Mille drams. (C'était une somme importante à l'époque).
- Mille drams ? dit-il tout surpris, car ce livre était vendu 400 drams.
- Mais tu les a vendu très chers.
- Pourquoi très cher. Sais-tu lui, répond la vieille dame, que ce livre relate la vie du héros ?
Voulant plaisanter avec la vieille, je lui ai demandé si au moins elle l'avait lu.
- Je ne l'ai pas lu, mes yeux ne voient plus bien, mais si tu le lis tu verras qu'il est très bien. Mais enfin, tu me fais parler pour rien, car celui qui l'achète sait pourquoi il l'achète. Il l'achète un point c'est tout.
Et pendant que je plaisantais avec elle, une dame qui avait assistée à notre conversation m'a dit :
- Jeune homme, si vous ne désirez pas l'acheter, permettez-moi alors de l'acheter.
La dame a versé ses 1000 drams à la vieille, a ouvert le livre et a commencé à le lire tout en marchant. Vartkès à voulu s'en approcher et lui dire qu'il en était l'auteur, mais ne l'a pas fait par modestie. Sa satisfaction était de s'effacer devant le héros et de voir le grand intérêt que les gens ont porté à « AVO ».


Interview de Monté Melkonian par Vartkès Baghrian de la télévision du Karabagh.

Lorsque j'ai rencontré Monte pour la première fois en octobre 1992, il était venu à Stépanakert accueillir Lady Kox lors de son passage. Je lui ai serré la main et il m'a reçu avec un « Parev, intchbes es ? » > Bonjour. Comment vas-tu ? Tout comme si l'on se connaissait de longue date. Ce jour là, j'ai aussi fais la connaissance de son épouse Seta, une femme avec un cœur énorme, pour laquelle mon amitié est éternelle. Dieu n'a pas permis à ce couple extraordinaire d'avoir des enfants, mais ils se sont entourés d'enfants, et tous les enfants arméniens sont devenus leurs enfants. Mon interview qui s'est déroulée dans une atmosphère de complicité car nos pensées se rejoignaient.
Je voudrai rappeler ses propos qui semblent être des prédictions.
« Je voudrais tant que notre peuple et, surtout que les gens dans la diaspora, et en Arménie, comprennent qu'il faut qu'ils nous aident, qu'ils comprennent que c'est le problème le plus important. Et que s'il y a des problèmes économiques en Arménie nous les comprenons très bien, mais si nous ne triomphons pas dans cette lutte, les problèmes seront encore plus graves .
Si nous sommes vaincu, et que nous perdons nos territoires, à mon avis, notre histoire sera terminée et, nous en tourneront la dernière page. La perte du Karabagh sera une perte énorme pour notre peuple, et signifierait de plus dans les dizaines d'années à venir l'entière disparition de notre peuple. Il est nécessaire que nous en prenions tous conscience, et qu'il faut tout faire pour vaincre et terminer cette noble lutte ».

Vartkés nous dit qu'il l'écoutait avec une grande admiration, et que si ses idées n'étaient neuves cependant ils étaient d’une grande sincérité. Je savais dit-il que sur les champs de bataille il était courageux, mais je ne savais pas qu'il était si clairvoyant en politique.
Voilà encore une preuve du patriotisme éclairé de « AVO » ;